Lettre ouverte au Président de l’UPMF – 23/2/9

Grenoble, le 23 février 2009

LETTRE OUVERTE A MONSIEUR LE PRESIDENT DE L’UNIVERSITE PIERRE MENDES FRANCE, LE PROFESSEUR ALAIN SPALANZANI

« Que le pouvoir soit délégué pendant cinq ans à des hommes non contrôlés même s’ils ont été librement élus, ce n’est pas encore la démocratie. La
démocratie, c’est quelque chose qui doit se manifester de manière permanente …/… par la persistance de la pression du peuple, par l’action des citoyens
toujours vigilants et exigeants pour que leurs décisions soient respectées ; et d’autre part, sur un autre plan par les réformes institutionnelles qui doivent
permettre à ces pressions de s’exercer, de se faire jour là où se prennent les décisions, là où s’exercent ces contrôles ».

Pierre Mendès France

Monsieur le Président, Cher collègue,

J’apprends que tu as décliné l’invitation de l’Assemblée Générale des personnels de l’UPMF à venir en personne et es qualités discuter ce jour avec les enseignants-chercheurs, administratifs et étudiants de la situation actuelle. Je me permets par la présente d’attirer ton attention sur les implications d’un tel refus.

Dois-je te rappeler qu’en décembre 2007, lors du mouvement contre la loi LRU, époque où se succédaient les blocages imposés par une minorité d’étudiants et la fermeture préventive des locaux par la Présidence et où de regrettables heurts eurent lieu sur le campus, nous avons initié des AG d’enseignants, administratifs et étudiants afin d’offrir une alternative à la violence inadmissible dans une université digne de ce nom. Cette initiative, laborieuse dans le contexte tendu de l’époque, s’est incontestablement avérée féconde aujourd’hui où, grâce à l’engagement des personnels (enseignants et administratifs), de notre Doyenne et du Directeur de notre UFR et surtout à la grande maturité de nos étudiants, nous avons pu, à l’UFR Sciences Humaines, tenir des réunions hebdomadaires pour analyser ensemble le contenu des projets de décrets incriminés et proposer des modalités d’action novatrices (cours alternatifs, interventions en ville, ateliers divers, etc.). La philosophie qui nous réunit tous est fort simple : une université n’est ni
une caserne, ni même une entreprise, si bien « managée » soit-elle. Elle est une communauté d’adultes chargés ensemble de produire et de transmettre savoirs et capacités critiques pour penser le présent afin de construire l’avenir. Devant les difficultés, cette communauté doit faire face, en disputant
démocratiquement dans le respect des opinions de chacun, des voies et moyens pour les résoudre.

Ne crois-tu pas que le temps est venu de débattre, non de modalités techniques subalternes, mais des enjeux fondamentaux que sont la formation des futurs enseignants du primaire et du secondaire 1 Excuse-moi de ne pas employer le terme d’« usager » désormais imposé par la novlangue technocratique ! (« masterisation ») ; de la mission de service public de nos universités (dans le contexte d’une économie territorialisée et d’une baisse déguisée, mais effective, de sa dotation) ; de l’indépendance des universitaires et le rejet du localisme (« comités de sélection » et modulation des services) ; de la nécessaire relation entre enseignement et recherche (contre les préconisations du Rapport Belloc).

En d’autres temps, malheureusement pas si lointains, tu aurais pu m’opposer les procédures de représentation et de délibération prévues par l’institution (conseil d’UFR, Conseil Scientifique (CS), conseil de la vie universitaire (CEVU) et Conseil d’Administration (CA). Mais tu sais mieux que moi que
la récente loi dite « des Libertés et Responsabilités » des universités (LRU) n’assigne plus qu’un rôle purement consultatif (dans le texte « délibératif » au sens anglo-saxon !) au CS et au CEVU réservant la fonction décisionnelle au seul CA. Les faits n’ont pas attendu longtemps pour confirmer le droit : le CA de l’UJF a transmis les maquettes de masterisation contre l’avis du CEVU et, lors de notre CA du 12 février, nous n’avons eu de cesse d’imiter ce funeste exemple allant même jusqu’à décider de transmettre les maquettes de SHS qui n’avaient pas même été présentées au Conseil d’UFR ! La preuve est désormais faite, à peine un an après la promulgation estivale de la LRU, que la démocratie représentative au sein de l’institution universitaire n’est qu’un leurre, une fiction formelle.

Quelle est alors désormais l’alternative ? Sans doute pas de faire poser des grilles devant la galerie des amphis en prévision des jours sombres ! Subreptice, la dérive sécuritaire ne peut produire qu’une insidieuse totalitarisation de notre société. La meilleure garantie de la sécurité dans nos campus est
incontestablement d’enseigner et de pratiquer à tous les niveaux – départements, UFR et dans l’université tout entière – une démocratie réelle, ouverte et généreuse, seule apte à relever les défis de l’avenir. Un jour, plus proche qu’on ne le suppose, il sera trop tard. Il est urgent que la communauté universitaire
discute des enjeux et élabore des propositions. Contrairement à ce que d’aucunes veulent faire croire, nous ne sommes en rien des conservateurs frileux et nostalgiques, ni n’avons peur d’une évaluation prenant en compte la diversité de nos tâches. D’horizons divers, nous nous levons pour défendre ce qui fonde une université de service public dans sa mission de recherche, de création culturelle et de formation civique.

Tu me connais suffisamment pour savoir que ma présente intervention ne relève d’aucune ambition personnelle, ni d’aucune acrimonie à ton encontre, mais vise seulement à rappeler les finalités et les objectifs d’une université qui porte le nom exigeant de Pierre Mendès France.

Monsieur le Président et Cher collègue, je te prie de croire en mon attachement indéfectible à notre université et à sa vie démocratique.

Pr. DENIS VERNANT

Publicités

1 commentaire

Classé dans communiqués

Une réponse à “Lettre ouverte au Président de l’UPMF – 23/2/9

  1. Pingback: AG UPMF du 23 février 2009 « Coordination enseignement supérieur et recherche - Grenoble