Retour de Louvain

De retour du contre-sommet de Louvain qui s’est déroulé à Bruxelles, Leuven et Louvain-la-Neuve en Belgique du 25 au 29 avril, je vous propose un carnet de route de mon contre-sommet, sachant que je n’ai pas participé à tout qui a pu s’y passer et que tout complément d’information est le bienvenue.

Samedi 25 avril

Arrivée à Bruxelles à 9h.

A notre arrivée, nous constatons que les étudiants belges sont très peu mobilisé mais c’est avec surprise que nous découvrons que certains d’entre eux ont décidé d’occuper un amphithéâtre au campus Solbosch de l’Université Libre de Begique (ULB).

L’accueil est chaleureux, le premiers contacts se nouent avec les occupants qui nous proposent de donner vie à cette occupation durant notre séjour.

C’est à 10h que commence la première assemblée internationale. On y parle organisation du contre-sommet, des ateliers internationaux, des actions à mener et de l’occupation qui, apparemment, se serait faite en marge du contre-sommet (selon les organisateurs) ; ce point sera le fruit de problèmes par la suite car les organisateurs et les occupants ne travaillent pas vraiment main dans la main.

Après une Assemblée mouvementée mais assez caustique (notamment parce que tous les échanges étaient traduits en 3 langues), l’après-midi sert de tribune à chaque pays pour expliquer les différentes variantes nationales du processus de Bologne.

Ainsi la France (Lyon, Grenoble, Paris, Nanterre, Saint-Denis, Nantes, Rennes, Lille, Bordeaux, Toulouse, Caen, Saint-Etienne, Aix-en-Provence, Strasbourg, Amiens, Tours, Toulouse), l’Espagne (Barcelone, Madrid, Alicante, Malaga), l’Italie (Rome, Turin, Milan, Venise, Brescia, Gênes, Florence), l’Angleterre (Londres, Liverpool, Manchester), l’Allemagne (Hambourg, Marrebruck, Berlin), le Danemark (Copenhague), les Pays-Bas (Amsterdam) et la Belgique (Bruxelles, Louvain-la-Neuve) exposent les uns après les autres les réformes successives, leurs résultats et les resistances qui ont pu emerger.

Si l’état d’avancement du processus est plus (Angleterre, Belgique) ou moins (Danemark, Allemagne) aboutit, les résistances sont ellles aussi plus (France, Espagne) ou moins (Angleterre, Belgique) en marche.

Nous sortons tous de cette assemblée internationales avec une conscience profonde que nous sommes engagés dans une dynamique internationale et l’espoir que nous impulserons une solidarité internationale en résistance au processus de Bologne.

Retour à l’occupation où ceux qui sont resté n’ont pas chômé : un buffet de récupération et d’auto-réduction nous attend. L’ambiance est festive et les contacts se nouent entre les participants des différents pays. La plupart dormiront à cette occupation autogérée.

Dimanche 26 avril

Journée studieuse. Les ateliers internationaux s’étalent de 9h à 18h. Les échanges sont construits, enrichissants et porteurs de nombreux espoirs. On sent se tisser une véritable convergence entre nos luttes (les CR de ces ateliers seront bientôt disponibles).

L’Assemblée internationale de bilan de la journée et de perspective pour les prochains jours commence tard (19h). Très vite, alors qu’elle s’était bien commencée, les autorités de l’ULB nous demande de sortir. Nous décidons de continuer l’AI à l’occupation.

Arrivés là-bas, on constate des dégradations importantes : les bâtiments adjacents à l’amphi ont été ouverts, les murs sont taggés, les distributeurs fracturés et les locaux des Cercles étudiants de l’ULB (une sorte de mélange entre faluche et BDE) ont été cambriolés. Si ces actes sont le fait d’initiatives individuelles, elles installent pourtant une ambiance pesante. Quand l’Assemblée Internationale reprend (après le buffet organisé par des sans-papiers occupant un autre amphi de l’ULB), les débats sont houleux. Il est tard, tout le monde est fatigué et de véritables dissensions apparaissent.

D’un côté, certains veulent suivre l’ODJ et entendre les CR pour construire un « call to action » servant de base à l’élaboration d’un réseau international, d’autres sont agacés par le fait qu’aucun action n’a encore été menée et que nous ne comptons qu’agir lors du sommet (les 28 et 29).

Finallement, après la recherche d’un consensus introuvable du fait de l’antagonisme des demandes, les seconds quittent unilatéralement l’Assemblée pour organiser leur propre réunion, uniquement tournée vers l’action.

Les restants vont finalement préparer le lendemain. La contre-déclaration est ébauchée tandis que le réseau est institué.

De l’autre côté, les idées d’actions fusent. Du blocage de la Fac au blocage des accès au sommet, les propositions font florès.

Cependant, quelques personnes un peu émêchées se mettent à casser dans les bâtiments. Ce qui fait beaucoup de bruit et provoque un mouvement de panique, d’autant qu’une rumeur prétend que la police arrive.

Un campement autogéré s’institue alors au campus où se déroule les débats où la majorité des personnes qui ont fuit l’occupation se dirige.

La soirée se termine en queue de poisson…

Lundi 27 janvier

L’Assemblée qui se réunit à 10h est moins nombreuse. On commence par discuter à froid de ce qui s’est passé avant de préparer les manifestations des jours suivants.

L’après-midi sert aux résumés des ateliers internationaux et à l’ébauche d’une contre-déclaration.

Pendant ce temps, à l’initiative des Espagnols, nous organisons des happenings en ville : à 16h devant la Bourse de Belgique, nous exécutons une mise en scène après la lecture du tract que nous avons préparé et qui explique notre démarche. L’ambiance est bon enfant : des étudiants qui chantent des chants révolutionnaires sont tabassés par la « police de la démocratie » tandis que des capitalistes en chapeau haut-de-forme spéculent sur l’achat des étudiants, finalement ils achètent l’éducation européenne à grand renfort de processus de Bologne. La scène se répète sur 2 autres places autour de la Grand’Place (qui est quadrillée par la police).

Finalement, on se fait serrer par la police belge qui nous raccompagne au métro avec des renforts conséquents alors que nous n’étions qu’une cinquantaine pour cette manifestation pacifique (mais non déclarée).

Dans le métro du retour, ça chante, ça danse. A tous les arrêts, on descend pour chanter des (E-du-ca-tion, gratuite, laïque, publique et populaire), des (No-no, Bolognia no, Bolognia no, Bolognia no), des (Tous ensembles, tous ensembles contre Bologne)… ça fait rire les passants, moins les policiers qui nous escortent jusqu’au camps alors que nous chantons à tout rompre (Merci aux policiers qui nous ont accompagnés).

La fièvre du contre-sommet commence à nous prendre, les dissensions sont apaisées, l’ambiance se réchauffe.

Le soir, nous décidons lors de l’Assemblée Internationale que la Manifestation à Leuven sera un premier tour de chauffe pacifique. On se prépare (banderoles… ) pour le lendemain.

Pendant ce temps là, les étudiants bruxellois ont organisé une manifestation devant l’occupation pour déloger les occupants et c’est sous un tribunal populaire improvisé et violent que les occupants doivent partir, la queue entre les pattes. Dorénavant, toute la vie commune s’établit au campement autogéré improvisé.

Mardi 28 avril

Après un voyage commun en train avec auto-réduction, nous arrivons à Leuven où on constate que nos ministres nos ont préparé un sérieux dispositif répressif.

On voit pas mal de nouvelles têtes. Outre les 200 participants du départ, nous sommes bien 500 à partir en manifestation.

Celles-ci est conviviale, on entend de partout des chants dans pleins de langues différentes. Les seuls moments où tous les manifestations reprennent en coeur les slogans, c’est quand on lance le chant anglais (One solution – Révolution *4), le chant espagnol (No no Bolognia no, Bolognia no, Bolognia no) ou le chant italien (Anti-Anti-Anticapitalista-A).

Arrivée à la zone rouge, on se forme en bloc compact et avançons tout doucement pour tenter de se rapprocher, ne serait-ce que de 10 mètres, des ministres. Rien n’y fait. Après quelques provocations, on est reparti. Vers la fin de la manif’, on passe encore à côté de la zone rouge. Mais la rue est plus exiguë et un groupe d’une vingtaine de personnes se détachent pour monter une barricade et caillasser le bloc des policiers défendant la zone rouge. En quelques minutes, tout se précipite. La cavalerie lance un assaut et provoque un mouvement de foule (c’est impressionnant, un cheval géant avec un robocop dessus qui vous courre après), derrière elle surgit un immense char tout noir (du style Mad Max version Georges Orwell) qui balance des giga-jets sur les plus lents. Quand la course-poursuite se termine sur la place de la gare, on se rend compte qu’il manque 10 personnes : elles ont été interpellées. Après de longues négociations, ils en libèrent 7 mais gardent 2 belges et 1 français qui auraient lancés des pierres sur la barricade.

On repart à Bruxelles pour rejoindre la manifestation Respact, organisée par le syndicat étudiant majoritaire belge FEF. Raccompagnés dans le Metro par la police, nous chantons de joyeux chants révolutionnaires avant de rejoindre une manifestation où les orgaisateurs ne veulent pas de nous. On nous explique que comme l’UNEF en France, la FEF participe activement au processus de Bologne et qu’ils veulent que le seul mot d’ordre de leur manifestation à 1000 est la baisse du coût des études (alors qu’ils ne veulent pas savoir pourquoi en réalité ils montent). On passe outre et on les suit avec nos chants… A l’arrivée d’une manifestation plan-plan au possible, on assiste à une caricature de meeting à 2 balles. Ils ne veulent pas nous laisser la parole au micro, on insiste, ils lancent leur DJ ! On prend le micro et explique pourquoi nous sommes ici et pourquoi ils devraient nous rejoindre. A voir leurs têtes, on est pas près de voir un vrai mouvement social en Belgique.

L’Assemblée internationale débouche sur le report de la rédaction de la contre-déclaration (qui ne sera pas écrite…), l’établissement du réseau « emancipating education for all« , l’annonce de nouvelles dates de mobilisation internationales et la constitution d’une clown army.

Mercredi 29 avril

Arrivée à Louvain-la-Neuve, un disneyland universitaire et orwellien (la ville est uniquement étudiante, a 30 ans et a été construite par un seul architecte… ce qui fait froid dans le dos). La manifestation est lancée par une clown army pro-bologne et absurdement militariste. On arrive sur la place principale, on est à 20 mètres du lieu où sont les ministres. Le dispositif policier est impressionnant : mais pas pour la clown army qui ne va pas cesser de provoquer des mouvements de foule, de s’acharner sur les RG, de ridiculiser les policiers et de calmer les tensions par le rire. Au final : une manifestation colorée, amusante, pleine de rebondissements qui dénonce toute l’absurdité de la réunion des ministres ; avec en prime de superbes images pour les médias belges, espagnols et alternatifs (les seuls présents).

C’est motivés et heureux que les manifestants rentrent à l’ULB où le contre-sommet se termine par un apéritif international où tout le monde relâche la pression, où des contacts s’échangent, des expériences… dans un melting-pot international festif !

Au final, ce premier pas vers une convergence des luttes universitaires a été quelque peu laborieux, notamment sur les questions d’organisation. Tout n’a pas été fait, notamment la conte-déclaration au processus de Bologne, mais cela vient peut-être du fait que le programme était trop étoffé.

Toujours est-il que nous en sortons grandis, que nous nous sommes nourris des différentes expériences des uns et des autres, que des liens ont été tissés entre différentes villes européennes, entre différents pays et que nous savons maintenant que nous pouvons construire un véritable mouvement social européen contre le processus de Bologne et bien au delà…

Un autre monde est possible et nous en avons posé une des pierres à Louvain !

El pueblo unido, jamas sera vencido !

Alexandre.L
Attac Campus Grenoble

La prochaine rencontre internationale du réseau aura lieu au contre-G8 de l’éducation, les 17, 18 et 19 mai à Turin

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